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Journal de l'Amicale

Numéro 1053 -juillet-août-septembre 2008

Le message du Président
Le Mastrou
Exposition Vlaminck : "Un coureur cycliste au Luxembourg"
Balandrane, mot du patrimoine occitan et patronyme ardéchois

<<<<<<<<<< EDITORIAL >>>>>>>>>>


Voici venu l’été, les vacances, le ressourcement au pays. C’est l’occasion de nous replonger dans une atmosphère ardéchoise, de retrouver nos racines, de visiter le pays et les amis, de pédaler avec énergie dans "l’Ardéchoise", de descendre l’Ardèche en canoë, etc…. bref voici venu une période sympathique pour nous tous, Ardéchois, qui avons un peu le mal du pays.

Pendant cette période d’été, je vous invite à profiter des occasions de nous retrouver : le samedi 2 août à la ferme de Bourlatier pour l’assemblée générale de l’association Liger dont notre association fait partie, le jeudi 7 août à Joyeuse pour notre sortie d’été organisée avec la Sauvegarde des Monuments anciens de l’Ardèche.

Il nous faut déjà penser à nos activités de la rentrée. Le samedi 6 septembre, nous vous invitons à la Pinacothèque à 9 h 30 (avant l’ouverture au public) pour visiter en compagnie de notre conférencière Mme Valérie DENARNAUD-MAYER la très belle exposition consacrée aux fameux guerriers de Xi An.

Chaque président a à cœur de faire progresser notre association. Avec votre aide, je voudrais mettre à profit les trois années où je vais me consacrer à l’association pour l’ouvrir vers notre jeunesse. Nous réfléchirons au bureau pour mettre en œuvre des actions tournées vers l’accueil des jeunes. Je souhaite qu’ils puissent rejoindre nos rangs, qu’ils participent à l’animation de notre association, qu’ils y trouvent leur place, qu’ils y nouent des amitiés solides et sympathiques et que, tout en conservant nos traditions, ils viennent bousculer nos habitudes.

Je vous souhaite de bonnes vacances et un été joyeux.

Pierre de LAFARGE



<<<<<<<<<< NE LAISSONS PAS MOURIR "LE MASTROU" ! >>>>>>>>>>

Le 10 avril dernier le conseil général de l'Ardèche, actionnaire majoritaire depuis 2004 du Chemin de Fer du Vivarais, prenait la décision d'en suspendre la circulation… Stop !

Nous connaissons tous l'histoire du Mastrou, l'un des premiers chemins de fer touristiques français et maintenant l'un des derniers bastion de la vapeur en France. Elle s'est faite grâce à l'exceptionnelle volonté de quelques passionnés, à la sueur versée, à la persévérance, à l'espoir aussi, pour en arriver aujourd'hui à ne plus pouvoir assumer l'entretien et les réparations de ces matériels en grande partie plus que centenaires.

Depuis 40 ans, les bénévoles de l'association de Sauvegarde et Gestion de Véhicules Anciens (S.G.V.A.) se sont battus corps et âme pour que vive ce train et ils ne peuvent se résoudre à voir disparaître cette ligne musée, premier site touristique de l'Ardèche du nord (60 000 visiteurs environ par an).

A ce jour, seule une mobilisation générale de toutes et tous permettra de sauver le Mastrou car il n'est pas trop tard !… Nous pouvons participer à une grande pétition ouverte à tous.

VENONS TOUS AU SECOURS DU MASTROU EN NOUS CONNECTANT AUX SITES :

www.ardecho-train.com

www.trainduvivarais.org



<<<<<<<<<< EXPOSITION VLAMINCK : " UN COUREUR CYCLISTE AU LUXEMBOURG " >>>>>>>>>>


Le 14 mars dernier, les Ardéchois de Paris se sont donné rendez-vous pour admirer le travail d’un coureur cycliste et violoniste, connu pour une autre activité qu’il commença pourtant à pratiquer en amateur : la peinture. Une grande rétrospective Maurice de Vlaminck vient en effet d’être proposée par le Sénat au musée du Luxembourg.

Bien lui en a pris de jouer du pinceau, car aujourd’hui, les tableaux de Vlaminck sont éparpillés dans les plus grands musées du monde. Il avait une intuition folle: sans avoir aucune formation ni référence particulière, il se mit à peindre non pas avec ses yeux mais avec ses sensations, non pas avec ses mains mais avec ses sentiments. Les couleurs, souvent très fortes, ne sont plus là pour transcrire mais pour faire éclater le ressenti, les formes ne calquent pas, elles expriment. La subjectivité fait hurler la pensée.
Le peintre se lie d’amitié avec Derain, puis expose au Salon d’Automne de 1905. Le plus « fauve » des « fauves » rencontre rapidement tous les grands peintres de sa génération. L’influence de Cézanne sera déterminante et marquera considérablement son style : à partir de 1907-1908, les couleurs s’adoucissent, les formes deviennent plus géométriques.
Cette rétrospective Vlaminck, la première depuis cinquante ans à Paris, propose des tableaux réalisés par le peintre entre 1900 et 1915. Elle est extraordinaire à la fois par la qualité des tableaux proposés et par le fait que beaucoup d’œuvres sont normalement invisibles car appartenant à des collections privées.
Enfin, rendons hommage au talent de Valérie Denarnaud-Mayer, la conférencière des Ardéchois de Paris qui sait si bien donner une oreille à nos yeux. Non seulement son savoir est incommensurable, mais elle communique si intensément ses passions qu’il est difficile de ne pas adhérer. Elle a même expliqué que Vlaminck était un coquin : comme écrivain, il a réalisé des romans licencieux, par exemple D’un lit à l’autre. Ah ! La vie d’artiste !

Benoit Pastisson



<<<<<<<<<< BALANDRANE, MOT DU PATRIMOINE OCCITAN ET PATRONYME ARDECHOIS >>>>>>>>>>


Je me console de l’éloignement de mes racines grâce à une petite phrase de l’écrivain et journaliste auvergnat à Paris Match et au quotidien LA MONTAGNE : Alexandre Vialatte fit preuve dans toute son œuvre d’un humour subtil et de recul sur notre civilisation du Massif central. A noter que cette citation dédouane les Ardéchois qui se sont domiciliés à Paris. « J’habite loin de toutes mes patries, c’est ainsi qu’on les habite bien… De près, elles perdent à l’usage ».
Aussi pour « compenser » mon déracinement, j’ai fait quelques recherches sur mon patronyme qui, j’espère, vous distrairont. Car c’est incontestablement dans le 07 que mes homonymes sont les plus nombreux. Quelques uns sont implantés autour de Nantes. Tous les autres se sont dispersés au fil du temps et devenus comme moi des émigrés partis à regret de notre belle région.
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Selon un livre paru en 2004 « HAUT-VIVARAIS ET BOUTIERES AU XVe SIECLE » de Robert Valladier-Chante, ce nom a été enregistré à la fin de l'été 1464. « Les agents du roi diligentent l'enquête des Estimes. Dans chaque paroisse les tenanciers comparaissent devant une commission d'édiles locaux, procurateurs ou jurés, pour déclarer leurs biens, mais aussi le cens dont ils sont grevés. Il faut établir le plus justement possible le montant de la teille due au roi. L'opération relatée dans le procès verbal et les registres conservés par les Archives départementales de l'Ardèche est un témoignage exceptionnel sur les paroisses et le mode de vie de leurs habitants. Les estimes ont l'avantage de nous introduire dans le monde fascinant des patronymes. 5147 familles sont recensées... »
Peut être la vôtre ! Il y a dans cette liste un certain « de Balandrau » d’une noblesse improbable, domiciliée à Satillieu. Je suis originaire du village voisin, Saint Symphorien de Mahun qui rassemble le plus grand nombre de Balandraud en France! Le fisc d’alors ; tout comme l’administration des finances où je travaille aujourd’hui ; était déjà au cœur de tous les domaines ! Comme créateur d’archives, il a aussi fait œuvre utile en faveur de la petite histoire.
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René Char vint à ma rescousse en publiant en 1977 chez Gallimard un recueil de poèmes intitulé « LE CHANT DE LA BALANDRANE » où il prit la peine d’expliquer la signification de mon nom dans une postface de quatre pages intitulée « Le dos tourné, la balandrane… ». Plus que d’autres ce poète est énigmatique, mais vous aller voir que ses définitions sont fulgurantes. Malgré ma chance et l’honneur de l’avoir entrevu au début des années soixante dix dans son Lubéron d’attache, je ne pense pas que ce fut à cause de notre rencontre qu’il choisit ce titre! Toutefois les merveilleuses coïncidences rendent la vie plus belle…
Plusieurs sources rattachent ce patronyme essentiellement, mais pas seulement, à notre Vivarais, où l’on rencontre des formes voisines de « Balandrane » comme Ballandras (nom du copain de régiment dans les sketches de Fernand Raynaud), Ballandraud, Ballandraux, Ballandreau, Ballandraut, Ballandro… Ces mêmes noms se rencontrent également avec un seul « l ». Aux siècles passés, les agents d’Etat-civil et les nouveaux parents déclarants avaient peu d’orthographe et l’oreille approximative. C’est ce qui peut expliquer ces évolutions créatives.
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Il est cependant difficile de donner un unique sens à ce mot tant on lui prête de significations.
Selon les révélations du poète, ce patronyme pourrait être un dérivé du verbe occitan « balandrar » (balancer, se dandiner) et « ballare » (danser). « Balandron » aurait été le surnom donné à un lourdaud déambulant les bras ballants (sens peu flatteur et familier attesté pour le mot balandran). René Char parle aussi de « balandra » (bateau à fond plat hollandais) et de « ballandran », (appellation du glas pour un enfant, du train d’une maison, du cahotement pour une charrette, d’un branle de cloche…) En Rouergue il dénommerait un entremetteur de mariage ! « Ballandrin », nom originaire de l'Ain, désignerait un colporteur…
Mais c’est dans un dictionnaire occitan que « balandran » serait le plus sûrement défini. Il est avéré que ce mot désigne un manteau de campagne, de pluie, une cape de berger en étoffe grossière, fendus sur les cotés, et donc par métonymie le porteur ou le fabricant d'un tel manteau revêtant ordinairement un paysan. Le poète précise que par extension le mot illustrerait aussi un lieu-dit : « La balandrane, une ferme boisée ou subsistent les ruines de nombreux puits abandonnés sur un plateau sec ». Là, je m’y retrouve tout à fait !
Confirmation que le mot vient authentiquement des langues occitanes, je me suis laissé dire que « balandrau » aurait le même sens du sud de la Loire au sud du Portugal (phonétiquement balandrao) : grand manteau, pelisse… Ce qu’illustre parfaitement à mes yeux l’homme silhouetté sur les étiquettes du porto Sandeman !
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Sachez que la plus illustre des « Ballandraux » qui m’était été donné de repérer dans l’actualité il y a une vingtaine d’année se prénommait Jenny. Elle était milliardaire, habitait Neuilly sur Seine. La presse raconta qu’elle avait été ruinée par un escroc.
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Puisque René Char écrit qu’un branle de cloche peut s’appeler « ballandran », je ne résiste pas au plaisir de vous raconter une anecdote sur une cloche ardéchoise. Georges Chavannes, un ami de La Louvesc trouva un jour chez un bouquiniste parisien un opuscule qui rapportait qu’un notable viennois dénommé Jean Balandraud, avait offert en 1621, la cloche de l’église de Saint Pierre des Maccabées, aujourd’hui rebaptisé Saint Pierre sur Doux. Cette église a d’ailleurs été magnifiquement peinte par notre ami Jean Prévost dans un tableau qui illustre les cartes de vœux de l’Amicale. Pour aller au bout de cette chasse au trésor, il ne nous restait plus qu’à aller sur place. Ce que nous fîmes. Et nous constatâmes que ces écrits étaient parfaitement exacts : la reconnaissance de la paroisse à ce généreux ancêtre était bien inscrite sur la cloche en bronze! Ce joli village est en ce moment la proie des envahisseurs éoliens, développant une énergie plus spéculative à court terme qu’écologique, chère, bruyante, peu productive, polluante pour les paysages ; et dont les carcasses gigantesques enlaidiront pendant des années notre beau département.
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En Russie, pays cher à mon cœur, on dit pour ce manteau « paleto », mot que mon grand père ardéchois avait mis dans son vocabulaire pour désigner ses vêtements chauds sans connaître le rapport de ce mot à son nom. Comme vous le savez, les Ardéchois ont été de toutes les guerres, et naturellement les Balandraud aussi ! Il avait ainsi ramené ce « paleto » de sa campagne de 14-18 dans les Dardanelles. Autre événement historique découvert avec gourmandise dans un ouvrage publié pour le bicentenaire de la Révolution en 1989, un certain Balandraud, citoyen de la Vallée de la Vocance, serait parti servir dans la Grande Armée lors de l’épopée de Russie. Clin d’œil du destin qui a su croiser dans ma vie l’Ardèche et la Russie ?
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Voici comment j’ai découvert avec fierté que mon patronyme était bien enraciné dans notre terroir et qu’avoir épousé un médecin russe ne devait rien au hasard !
Soyez certain que mon récit ne se veut absolument pas égocentrique mais s’est proposé d’apporter modestement par notre journal une petite pierre à la connaissance de la réalité de notre Ardèche bienaimée.
Enfin je pense que si vous avez lu mon papier jusque là, vous méritez une récompense ! Il existe bien à Saint Émilion un vin de garage, c'est-à-dire issu d’un vignoble épart sans rattachement à un château réel, au prix exorbitant, baptisé pompeusement « Château de Valandraud » ; et un vin AOC « Château de Ballandreau » produit par un lycée agricole bordelais, que l’on a pu trouver dans la grande et bonne épicerie de Satillieu tenue par la famille Courtial. En guise de conclusion, petit fils du vigneron des Cotes du Rhône Ambroise Marius déjà cité, je ferais plutôt le choix de partager avec vous un verre de Chatus levé à votre santé! (vin ardéchois rare du vignoble de Joyeuse, dont le cépage échappa au phylloxera, et que j’ai découvert grâce à l’Amicale des Ardéchois à Paris…)

Jean Louis BALANDRAUD,
descendant de bergers.

©ardechoisaparis.org